Concrétisons Nos Idées

JAH-1 – Du pourquoi

Rédigé par Samaël - -

Journal de bord du capitaine :
Date : 2 décembre 2009
Lieu : Perdu dans le cyber espace

Enfin ! Ça y est ... Je me suis lancé, tout seul, comme un grand. Mon projet : faire de l'Internet ! Du vrai, pas du minitel 2.0 comme l'explique si bien Benjamin Bayart [1]. Devenir mon propre hébergeur, voilà un projet ambitieux !

D'où vient celle lubie ? Tout simplement d'un ras le bol et d'une peur. Partout, tout le monde expose sa vie sur des pages web : la grande course des contacts sur Facebook, la galerie d'art personnelle des photos de la communion du petit neveu sur Picasa, le "tweet" instantané pour tenir au courant des dizaines/milliers/millions de suiveurs de la dernière tache de chocolat sur son pantalon blanc acheté sur ventes-privees.com, le webmail ultra perfectionné (avec chat et vidéo intégré) qui permet d'avoir ses mails, ses amis et ses emmerdes accessibles partout, n'importe quand. Le culte de l'immédiat, voilà la religion du 21ème siècle.

Aujourd'hui, on ne répond plus "Oui !" à l'amoureux transit qui tend une bague à genoux devant vous, mais on court changer son statut facebook pour que tout le monde sache (y compris lui, qui poireaute toujours !) qu'on passe de "célibataire" à "fiancée". Sauf qu'à force de vouloir tenir la terre entière informée, instantanément, du moindre mickey qu'on sort avec extase de sa protubérance nasale, on oublie un peu trop vite que la précipitation est souvent mauvaise conseillère. Et si grâce à tout ces merveilleux outils modernes, tout mes cybers amis peuvent savoir ce que je fais, le monde entier le sait aussi ... et une fois mes informations personnelles sur un réseau que je ne contrôle pas : tout est fini, rien ne s'oublie, pour le meilleur et pour le pire ...

Le quidam moyen aura tendance à protester à l'apparition de nouvelles caméras de vidéo surveillance, à l'angle de sa rue commerçante favorite, sous prétexte qu'on viole sa vie privée, qu'elle n'appartient qu'à lui, et que ça ne regarde personne qui il va bécoter à l'ombre des réverbères pendant que bobonne prépare la tambouille et torche le petit dernier, non mais ! Mais donnez lui la possibilité de la raconter, sa vie privée : son passé, ses projets, ses secrets, ses désirs, ses infidélités, ses mycoses au pied ... et bien il le fera avec le plus grand plaisir ! En plus il vous dira merci, vous fera de la pub et, grand con comme il est, il ira même parfois jusqu'à payer pour ça; le tout bien sur sans se demander si sa vie lui appartient encore.

En effet, si je suis à la pointe de la cyber communication, que tout les réseaux, dit "sociaux", à usage plus ou moins professionnel, savent qui je suis, que j'ai un compte chez tout les cybers marchands, que je demande toujours aux même de m'aider à trouver quelque chose, que j'aime bien rentrer toutes mes informations "personnelles" à droite et à gauche pour qu'on me propose : des lettres d'informations personnalisées, des pubs qui m'intéressent dans le marge de mes sites favoris et qu'on corrige mes probables erreurs de frappe lors de mes recherches "pour mon bien et pour me faciliter la vie" ; que me reste-t-il ? Quel est encore la part de moi qui n'est censée appartenir qu'à moi ? Mes goûts, mes secrets, mes affinités, tout mes faits et gestes sont librement consultables sur la place publique. Est-il dès lors étonnant, qu'au cours de mon prochain entretien d'embauche, le recruteur sache quels extraits d'alambic j'ai ingéré samedi dernier et par quel trou ils sont ressortis quelques heures plus tard, le tout, preuves photographiques à l'appui ?

Nous sommes ici face à deux problèmes :

  • L'ignorance (l'absurdité ?) des utilisateurs d'un service dont ils ne s'interrogent pas sur le fonctionnement et sur les conséquences
  • Le contrôle des données que l'on souhaite partager avec quelques cyber-amis

Ma misanthropie chronique me souffle que pour le premier problème seul Darwin pourra faire quelque chose, néanmoins le second problème peut-être attaqué de front, des solutions existent, et on peut les déterminer, contrairement à ce fainéant de Cauchy qui se contentait de démontrer leur existence !

La première notion essentielle dont il faut être persuadé : "Ce qui est à moi doit être chez moi." Il ne viendrai à l'idée de personne d'aller stocker ses photos de vacances chez un inconnu qui habite en centre ville, sous prétexte que les trois pèlerins que mes tribulations estivales intéressent sont plus près du centre ville que de chez moi. Non ! Si je veux que des amis puissent voir une de mes photos, je dois la partager depuis mon ordinateur personnel; c'est cela Internet : un réseau acentré (qui n'a pas de centre, notion à distinguer de "décentré"), l'intelligence, le contenu, n'est pas dans un centre que tout le monde peut consulter mais en périphérie d'un maillage reliant, directement, entre eux des ordinateurs.

Si je fais de l'Internet avec mon ordinateur, et pas du minitel, si j'éteins mon ordinateur : Internet est diminué. C'est ça faire de l'Internet, faire Internet, être une partie de lui, contribuer à cet immense maillage en apportant ma petite contribution aussi modeste soit-elle. Ce qui est vrai pour mes photos, l'est pour tout autre contenu m'appartenant : la poste transporte ma correspondance, elle ne conserve pas mon courrier dans ses locaux en me laissant le droit de les consulter "librement", pourquoi n'en serait-il pas de même pour mon courrier électronique ? Pourquoi devrait-il être sur les ordinateurs de mon Fournisseur d'Accès à Internet (FAI) qui s'octroie par la même, le droit d'en lire le contenu et de l'utiliser à des fins commerciales. Comment ça ? Personne ne m'a prévenu ! Ah ben si c'était marqué dans les fameuses Conditions d'Utilisation que personne ne lie !

Ok ! Admettons qu'il faille garder chez moi ce qui n'est pas censé être chez le voisin, mais ça implique d'acheter un ordinateur exprès pour ça (un serveur comme disent les vrais pas rasés) et de le laisser allumé tout le temps ! C'est cher, pas écologique et ça fait du bruit ! Deuxième notion essentielle : "L'auto-hébergement c'est pas vrai que c'est cher et pas écolo".
Oui, la liberté à un prix, c'est certain, mais à combien peut-on évaluer sa vie privée ? L'achat d'un pc et la facture de sa consommation électrique ne sont rien au regard des enjeux dont il est ici question.

Par ailleurs, la récente explosion de la mode de "netbook" (ces ultra portable soit-disant "low-cost") joue indéniablement en faveur de l'auto-hébergement. En effet, les fabricants de processeurs (les fondeurs, comme on dit dans le métier) se sont rués sur ce créneau et ont commencé la bataille du : "Le mien consomme moins que le tien, du coup, avec la même batterie il tient plus longtemps". Même si notre serveur ne tournera pas sur batterie, cette consommation amoindrie ne peut qu'être bénéfique pour notre portefeuille. Effet non-négligeable de la faible consommation des processeurs : une température moindre, et donc un système de refroidissement minimaliste, réduisant ainsi quasi à néant le problème de la nuisance sonore.

Autre technologie en plein essor : le disque SSD (pour Solid State Drive), pour la faire courte: on peut maintenant remplacer, de manière fiable, son ancien disque dur classique (qui fait du bruit et qui consomme beaucoup) par une grosse clé USB, qui ne fait pas de bruit et consomme moins qu'un moineau africain en période de sécheresse. Seul inconvénient : à prix équivalent, l'espace de stockage du SSD sera nettement moindre; mais toujours grandement suffisant pour faire de l'auto-hébergement, donc tout va bien !

Bon c'est bien beau tout ça : il faut garder le contrôle et la propriété sur mes données et ma vie, et la technologie pour le faire existe; mais une fois que j'ai mon pc j'installe quoi dessus ? Et comment je le configure ? C'est dur ! Troisième notion essentielle : "Avec un minimum de patience et de persévérance, on peut tout faire". La technologie matérielle existe et n'est pas très chère. Concernant la partie logicielle, elle est accessible avec un minimum de connaissances en informatique, pour peu qu'on prenne le temps de lire la documentation, les manuels et autre tutoriels fournis par les développeurs. Sans parler des divers sites internet, forums et salons de discussion remplis de gens prêt à aider et à nous renseigner, mais pas à faire à notre place !

Je remercie au passage Tanguy Ortolo pour son wiki sur l'auto-hébergement[2] qui a été la pichenette qui m'a décidé à sauter le pas. Toutes les informations nécessaires pour se lancer dans l'auto-hébergement étant réuni en un seul endroit, et dans la langue de Molière en plus, il n'y a même plus l'excuse de devoir les chercher sur le réseau.

Pour conclure cette auto-masturbation cérébrale, dont la diarrhée verbale résultante ne sera sans doute jamais lue par quiconque, à part d'éventuels relecteurs, je répondrai à cette simple question : "Pourquoi ce journal ?" Pour deux raisons en fait :

  • La première étant de garder, pour moi, une trace de tout ce que je fais et des ressources qui m'ont été nécessaire pour le faire. Internet étant une entité mouvante, nul n'a la moindre idée de combien de temps une information restera disponible là où on l'a trouvé la première fois; et le coup du "si j'ai besoin de le refaire dans 3 ans je me rappellerai comment j'ai fais" ça fait longtemps que j'en suis revenu !
  • La deuxième raison étant de publier ce journal sur mon site personnel, dans l'hypothèse où, peut-être, un jour, quelqu'un tombera dessus et qu'il décidera à son tour de se lancer dans l'aventure. Si personne ne le lit et bien ce n'est pas grave, la première raison justifie à elle seule ce travail. Libre à vous de confier votre vie et vos couilles à Google et ses amis, moi je suis en train de préparer les papiers du divorce !

Prochaine entrée du journal : De la difficulté de bien choisir son matériel

Notes

[1] Benjamin Bayart - Internet Libre ou Minitel 2.0 ?

[2] L'ouverture de ce wiki a été annoncé par Tanguy dans une dépêche sur linuxfr le 08 juillet 2009.

#1 Jim a dit :

Bonjour,

Voila de la lecture que j`adore.
J'aime le planet-auto-hébergement justement pour cela, parce que c'est un bon moyen de regrouper les expériences comme celle-ci.

J'espère avoir le plaisir de lire la suite, la mise en place de chaque service, le pourquoi du comment de tel ou tel choix.

Et non, ce n'est pas inutile de tenir un journal.

Merci

JIm

#2 Croaar a dit :

La première notion essentielle dont il faut être persuadé : "Ce qui est à moi doit être chez moi."

Hé bien non ! Même plus ! Dans ce monde des objets connectés qui vont nous envahir, les organisateur de fuites investissent massivement dans des appareil innovants afin d'investir aussi massivement nos foyers.
En 2009, je n'imaginais absolument pas que le télécran de BigBrother dans le roman «1984» prendrai si rapidement forme aussi réelle en 2015, sous la marque de Sa**ng; après les petits gadget traceurs et espions que sont les smartphones, je croyais cette chose impossible, mais en si peu de temps, j'ai pu contempler le renoncement global à toutes ces intrusions, des choses semblant acquises ad vitam et sans danger possible, les lendemains tellement assurés, rassurés, prédictifs, la vision à long terme tellement anéantie, qu'il est temps pour ceux qui gardent encore un peu de lucidité et de forces, de sortir totalement de ce monde technicisé/"technologisé" à marche forcée peuplé d'hyperconnectés, d'en créer un à soi en prenant soin de rester critique et d'écarter tout ce qui est nuisible (pratiquement tout, en fait), les autres sont à mon avis irrémédiablement perdus.

Au passage, passe au https: mon FAI ou mon employeur n'a pas besoin de savoir ce que je t'ai écrit. ;-)

#3 Samaël a dit :

Ciel des lecteurs ! Va falloir que je redouble d'attention sur l'orthographe ! :-)

@Jim:
> J'espère avoir le plaisir de lire la suite, la mise en place de chaque service, le pourquoi du comment de tel ou tel choix.

La suite arrive, elle est en cours de mise en forme, juste encore un peu de patience. ^^
J'ai 6 ou 7 billets rédigés au cour des dernières années, je vais faire mon possible pour en publier un par semaine.

> Et non, ce n'est pas inutile de tenir un journal.

L'idée était aussi de témoigner, de manière moins austère qu'une suite de ligne de commande, de la capacité d'un grand débutant à sauter le pas de l'auto-hébergement; casser le mythe de l'informatique pour barbus spécialisés.
Et puis j'adore écrire de toute manière :-)


@Croaar:
> il est temps pour ceux qui gardent encore un peu de lucidité et de forces, de sortir totalement de ce monde technicisé/"technologisé" à marche forcée peuplé d'hyperconnectés, d'en créer un à soi en prenant soin de rester critique et d'écarter tout ce qui est nuisible (pratiquement tout, en fait), les autres sont à mon avis irrémédiablement perdus.

Mon optimisme (et ma récente expérience) m'oblige à te contredire sur le "irrémédiablement". Il est certain qu'on ne peut pas libérer des gens qui ne se sentent pas prisonniers; de même qu'un lion élevé en captivité ne peut pas concevoir la liberté de la savane.
Essayer de convaincre quiconque de changer sa vie pour une "meilleure" est à mon avis peine perdue.
Notre seul devoir est de témoigner de nos idées et de nos choix, de montrer qu'il existe des alternatives; et le jour où certains commenceront à ne plus se sentir bien dans leur cage (aussi doré soit-elle) alors ils marcheront vers nous et tout comme nous tracerons leur propre voie.

> Au passage, passe au https: mon FAI ou mon employeur n'a pas besoin de savoir ce que je t'ai écrit. ;-)

En principe ce blog est disponible en https moyennant l'acceptation de l'exception de sécurité car le certificat SSL est signé par ma propre CA (Gehenne CA) dont le certificat est lui-même auto-signé. Je réfléchi actuellement à comment mettre en place une "chaîne de confiance" simple pour diffuser le certificat racine de ma CA et qu'il n'y ait plus d'avertissement de sécurité.

#4 AnnieBalleLecteur a dit :

"(...) l'hypothèse où, peut-être, un jour, quelqu'un tombera dessus et qu'il décidera à son tour de se lancer dans l'aventure."
Merci pour ce blog, je me lance dans l'auto-hebergement aussi.. la route est longue mais la voie est libre, pour l'instant. Cette aventure est passionnante quand on commence à s'y intérésser. Cdlt

#5 Samaël a dit :

@AnnieBalleLecteur : Bienvenue dans cette grande aventure qu'est l'auto-hébergement !
Le but de ma série d'articles est vraiment de rassurer quelqu'un qui se lance comme toi. On trouve des milliers de billets de blogs et de wikis avec des astuces et des suites de lignes de commandes mais il me paraissait important aussi de témoigner des galères, des doutes et de l'expérience humaine qu'on vit dans ces cas là. La clé la plus importante c'est juste d'être persuadé qui si on prend suffisamment de temps pour le faire on peut toujours arriver à faire ce que l'on veut. Bonne chance pour la suite ;-)

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